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Posted 29/06/2014 by ET in Rebondir
 
 

L’échec des Organismes d’État au soutien du financement des entreprises


La création d’entreprise est promut par tout un microcosme public et parapublic qui part des écoles, universités pour s’étendre à Pôle Emploi et aux CCI ou Chambre des métiers. Même si effectivement le nombre de créations d’entreprise a augmenté du fait de l’apparition de nouveaux statuts avantageux comme l’auto-entrepreneur ou le régime de la micro-entreprise, force est de constater que la plupart de ces entreprises ne sont pas développées ou restent sous développés.

Deux constats s’imposent : la création d’entreprise unipersonnelle offre rarement de l’emploi et n’a pratiquement aucun impact économique sur un pays.
Les organismes mis en place depuis les années 1990, ANVAR puis Oséo et désormais BPI n’ont eu aucun effet significatif sur le développement des entreprises. Et cela malgré des fonds importants à disposition.

L’entreprise sans salarié, un fléau économique ?

En France, environ 2,5 millions d’entreprises ne comptent aucun salarié en 2014 (2,3 en 2012) et environ 1 millions d’entreprises comptent au moins un salarié. A contrario, toujours selon l’INSEE 30% de l’emploi salarié est offert par 243 entreprises ! Alors même que les entreprises sans salarié représentent près de 95% des entreprises en France leur Chiffre d’Affaires ne représente que 15 % du CA total de toutes les entreprises soit 3% à l’export et 19% des salariés (voir « Les catégories d’entreprise en France : de la microentreprise à la grande entreprise », Julien Lemasson, division Infrastructures et répertoire statistiques, Insee) ! Aux USA les chiffres sont sensiblement les mêmes, mais contrairement à l’INSEE et à nos politiques, l’office des statistiques Census conclue que l’impact des entreprises sans salarié à la vue des chiffres est quasi nulle sur l’économie. Elles devraient donc  être exclues des statistiques. Après retraitement il apparaît que seuls 30000 créations par an peuvent être considérées comme des entreprises (source emploi 2017). Car il est vrai qu’être à son compte c’est avant tout sortir de la relation du salariat lorsque l’on reste seul.

Explosion des créations d'entreprise sans salarié (source contrepoints.org)

Explosion des créations d’entreprise sans salarié (source contrepoints.org)

Même les champions de la croissance ne créent pratiquement pas d’emplois et certaines entreprises high-tech prometteuses partent même à l’étranger. Ces entreprises représentent 7 à 8% des emplois créés aux USA. Ce qui est frappant, et sur ce point je rejoins l’article de Contrepoints de Décembre 2013 c’est comment en France on s’enorgueillit de quelques exemples en les plaçant comme généralités à l’encontre même des chiffres et statistiques les plus fiables. Nos entreprises ne créent pas d’emploi ! En plus les entreprises sans salarié sont extrêmement compliquées à transmettre et nécessiteraient de la part des dirigeants une prise de conscience de ce fait afin que leur entreprise devienne compétitive sur le marché de la reprise d’entreprise (voir l’excellent bouquin de Michael Gerber à ce sujet).

Sachant que la France en 2010 selon l’INSEE ne comptait que 8% d’entreprises industrielles, le plus bas taux de l’Union Européenne, alors même que ce sont celles qui emploient le plus, on peut raisonnablement penser que la politique menée depuis 2 voir 3 décennies en matière de création et de développement des entreprises voir même celle d’aménagement économique est complètement erronée si l’on prend pour but le bien collectif et la lutte contre le chômage. A mon sens, le but a été jusque là de faire porter la croissance sur des « champions nationaux » capables d’exporter, en assumant « too big to fail » (trop gros pour tomber » afin de permettre à l’Etat de subsister et non au profit des citoyens. Ce qui nous amène à la situation économique que l’on connait en 2014 avec un tissu de PME TPE exsangue incapable de croître car non concurrentiel.

Ce n’est pas le relatif changement de cap qui impactera la croissance actuelle (moyens pas assez importants, aucune réforme réelle, pas d’économies de la part du premier poste de dépenses français, l’Etat et ses collectivités/organismes).

Outre les prélèvements sociaux oppressant et les impôts confiscatoires, le fardeau pour ses entreprises est de trouver des capitaux qui permettent de se développer. Alors même que du point de vue de l’emploi ce sont les entreprises nouvelles qui créent le plus d’emploi (ceci avait été dit dans un des articles précédent) !

Les entreprises nouvelles françaises créent moins de 100.000 emplois salariés par an quand les entreprises allemandes en créent près de 200.000 et les britanniques près de 500.000. (emploi 2017 selon données Eurostat)

D’autre part la concentration de certains secteurs handicapent l’économie française : la banque et assurance. Or, outre l’aspect de baisse des tarifs, il a été écrit qu’un secteur bancaire compétitif peut être plus solide (car en cas de crise les pertes en avoir sont moindre).

Le financement des entreprises en France dans l’impasse ?

Bien qu’il soit possible de créer une entreprise avec peu de moyens ou de trouver des financements différents pour son projet, développer une entreprise nécessite souvent des tours de table avec des investisseurs afin de faire effet de levier avec les banques.

Les organismes comme l’ANVAR ou la BPI offrent un volume de financements largement suffisants selon les rapports indépendants (loin des rapports d’autosatisfaction des parlementaires). L’offre en financement existe alors même que la raison de leur existence est de proposer des financements qui risquent de manquer. Peut-on dire que ces organismes ont prouvé leur efficacité à la vue des chiffres précités, si ce n’est que sur quelques cas isolés ?

Les « venture capitalists » américains ou britanniques n’hésitent pas à traverser les frontières pour financer les projets qu’ils jugent prometteurs et ambitieux. Cette finance n’est donc pas celle à combattre mais celle qui permet de créer des emplois et de la richesse à moindre coût pour le contribuable. Or les investissements directs étrangers en France  ont baissé de 77% en 2013 en France.

Le véritable problème est dans la mise en oeuvre de ces financements et dans les règles qui font que la plupart des créations en France d’entreprises se font sans salarier : les TPE en France crée péniblement 33000 emplois par an contre 820 000 emplois aux USA (chiffres 2009, Irdeme) . Et ce n’est pas la déclaration du Président de la BPI Jean-Pierre Jouyet (la BPI n’a pas vocation à s’occuper des « canards boîteux ») qui va rassurer à ce sujet puisqu’elle marque clairement l’orientation de cet organisme. De même le constat du manque d’ETI par rapport à l’Allemagne est en fait un mauvais diagnostic puisqu’on devrait parler comme l’Irdeme du nanisme des sociétés françaises.

Or les sociétés « naines » ne sont pas, à priori, non plus dans les priorités de la Banque Publique d’Investissement qui est avant tout un outil au service de l’Etat – comité d’engagement très politisé loin de la réalité économique. D’autant que sa mission semble en contradiction avec les politiques fiscales qui pillent nos ressources. Il faudrait à mon sens et afin de maintenir le modèle social français (avec quelques retouches) favoriser les business angels et autre venture capital, au lieu de prélever puis de redistribuer selon des critères aussi obscurs qu’abscons.

Alors même que c’est une excellente initiative qui aurait du s’orienter vers les entreprises qui ont des difficultés à trouver des financements privés, la BPI prend la place, étatise la fonction des actionnaires et preneurs de risque qui eux sont dans la logique économique. Ce qui est d’autant plus frappant que la plupart des projets de développement, recherche ou d’entreprises se doivent d’abord d’obtenir l’aval ou le label d’une structure (BPI, pôle de compétitivité, …) pour ensuite prétendre à des financements bancaires ou privés…  Essayez de créer une entreprise innovante dans le bois dans la Plastic Valley d’Oyonnax : j’aimerais bien savoir ce qu’il en retourne.

En Résumé : l’inefficacité du financement public empêche la croissance des TPE

Les entreprises françaises sont souvent rachitiques à la naissance et ne peuvent par conséquence, et malgré l’abondance de financements, se développer et créer de l’emploi. La bataille de l’emploi doit se mener sur l’aspect fiscal mais aussi réhabiliter le financement privé qui lui repose sur une vraie logique économique et non sur une logique d’aménagement du territoire, comme le dit le Sénat dans un rapport sur la BPI, souvent déconnectée de la réalité. En Allemagne les entreprises familiales ont accès au marché à long terme – seulement les grandes entreprises en France –  pour se financer et cela leur réussit (110 milliards d’Euros de son économie financés à long terme).

Le système social français qui permet de limiter les inégalités, même s’il doit aussi être réformé afin d’économises (RSI & co), peut coexister et même prospérer si les entreprises croissent, créent de la richesse et des emplois. Sans création richesse, il n’y aura plus rien à distribuer. C’est sur ce chemin qu’est actuellement orientée la France malheureusement. Ce n’est pas le saupoudrage fiscal annoncé, ou le CICE – complètement inefficace malgré les gargouillis d’autosatisfaction –  et les quelques mesures d’économies qui vont pouvoir permettre un redémarrage de l’activité et de la confiance en France. Ce ne sont pas les grandes entreprises qui nous tirerons de là.