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Posted 02/05/2014 by ET in Rebondir
 
 

Morts par la France : quand les commerçants et artisans de Breteuil évoquent Alstom


L’article du Monde sur les commerçants et artisants de Breteuil qui ont posé leur cercueil dans leur devanture de magasin m’ont frappé. Ils ont osé contrairement à la majorité silencieuse qui tente de survivre, ils ont exposé leurs idées et ce qui ne va pas dans le pays actuellement lorsque l’on veut travailler et vivre à son compte. Comme je l’expliquais ici dans plusieurs posts et comme vous pouvez le retrouver dans cet article de Contrepoints sur les joies de gestion d’entreprise en France , il devient impossible de gérer une entreprise en France – surtout d’une manière « lean » – du fait de la complexité fiscale et juridique. Pour ceux qui ne connaissent pas la démarche « lean management » cliquez sur le lien. Pour moi, ce serait d’appliquer ce concept à l’environnement des affaires français et en particuliers à l’administration : simplification de fiche de paie pour pouvoir les faire soi même, simplifier le droit du travail, simplifier la fiscalité (je te prends mais je te redonne plus tard : pourquoi ne pas prendre moins?)… Cela permettrait de faire des économies substantielles en comptabilité / juridique et de dégager du temps pour les patrons de TPE – PME pour développer leur business.

A tous ceux qui veulent entreprendre, allez-y. Mais commencez avant de faire des études, histoire de gagner du temps et de l’argent. Car il va vous en falloir de l’argent. Malgré la propagande qui vise à encourager les jeunes à créer, force est de constater qu’il manque des outils pour financer la prise de risques : on vous prêtera sans problème pour un bâtiment et des machines, mais il est délicat de financer le fonds de roulement de départ – et ce n’est pas le nombre famélique de business angels en France, qui opèrent dans un environnement législatif par forcément favorable, qui va y remédier pour le moment. Paradoxalement, même les grosses entreprises françaises ont des problèmes pour se financer : c’est le cas d’Alstom (moins de 20% d’employés en France ndlr.). Qui voudrait investir dans des entreprises aux marges ridicules ? Mais ce n’est pas le seul cas : Rhodia est passé chez Solvay (belges), Peugeot est avec Dongfeng (chinois), Arcelor par Mittal (indien) … Toutes ces entreprises sont dans un contexte de concurrence, et par conséquent il est normal qu’elles soient rachetées si elles ne peuvent pas survire seules.

Ce mouvement n’est hélas pas récent et découle d’un mouvement entamé quelques décennies plus tôt et qui est ressenti par la génération actuelle (fort chômage pour les 18-35 ans) coincée entre une génération de la fin de l’âge d’or qui truste les dernières places (les 45-65 ans) et la lente agonie industrielle (baisse du nombre d’emplois). Ce ne sont pas les mammouths qui créent de l’emploi, mais les jeunes sociétés récentes de 3-5 ans en pleine croissance !

Si personnellement je ne me fais pas de souci pour ces grands groupes qui changent de propriétaires au gré des phases de déclin et de prospérité (Renault qui rachetait Nissan, Nikon et Essilor, la main mise mondiale de Ricard …), il est incroyable que ces multinationales subissent comme les petites TPE les effets d’une politique économique déliquescente. Ce que le peuple demande est une politique économique facilitatrice et non interventionniste : il est facile de dresser le constat d’échec de ce genre de politiques … sauf lorsqu’il est décidé de faire un « cadeau », c’est à dire faire un « champion national » dont le gâteau sera partagé entre les copains (à nos frais)… Je ne parle pas ici dans le cas d’Alstom d’une possible mauvaise gestion – fort possible vu l’histoire chaotique (pratiquement dépôt de bilan il y a 10 ans).

Nous souhaitons pouvoir nous investir dans notre activité, la développer (et créer des emplois si besoin ait, sans obligation et en toute souplesse) et d’en jouir le plus librement possible afin d’en profiter nous mêmes mais aussi – et c’est évident – la société. Une entreprise n’évolue pas seule autour de son « patron », elle interagit avec ses partenaires : salariés, associés, clients, fournisseurs, financiers, services publics …  Si elle s' »améliore », « prospère » tout le monde en bénéficiera in fine.

J’espère que cette possibilité de prospérité en France existe dans un coin de la tête de tous – même des plus pessimistes. Il suffirait que nos politiques possèdent une réelle expérience en entreprise, au plus proche des TPE-PME, pour sentir les besoins et pistes de réforme – ce qui n’est hélas pas le cas dans le formatage actuel de l’ENA.