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Posted 10/07/2014 by ET in Impact des Procédures économiques
 
 

Pas encore le bout du tunnel pour les TPE, du mieux pour les PME

tribunal-commerce-liquidation-greffe
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Altares-D&B vient de publier ses chiffres des défaillances d’entreprises de France pour le second trimestre (T2) 2014. Même si plus de 14386 entreprises sont en situation de cessation de paiement (procédures de sauvegarde, de redressement judiciaire, de liquidation judiciaire), le nombre de défaillances est en diminution de 4,1 % par rapport au second trimestre 2013. Le bataillon des entreprises en difficulté reste toutefois encore bien fourni : on reste sur un chiffre largement supérieur aux T2 2008, 2010, 2011 ou 2012. Les PME d’au moins 50 salariés ont pour la première fois depuis 2008 plutôt bien résisté à la faiblesse du marché puisque le nombre d’entreprises en liquidation judiciaire ou en redressement judiciaire est en recul par rapport à la même période en 2013 : « seulement » 92, soit 12700 emplois contre 18000 l’année précédente. Une amélioration toute relative qui me fait penser que les troisièmes et quatrièmes trimestres risquent encore d’être plus mauvais du fait du ralentissement économique estivale – complètement aberrant – et de trésoreries tellement creusées qu’elles ne pourront se combler en 3 mois d’activité (T4).

Pour les TPE, surtout celles avec 1 ou 2 salariés, le tableau reste encore très sombre pour le trimestre qui vient d’être analysé. L’insuffisance de trésorerie, parfois chronique, et la dépendance forte au crédit bancaire, qui peut être coupé à tout moment par la banque, font que les TPE restent très fragiles dans un contexte incertain. Le nombre de TPE de 1 à 2 salariés en défaillance a augmenté de 19% entre T2 2013 et T2 2014, dans le BTP/construction, la restauration et le commerce de détail.

Ce qui est normal, ces entreprises ont pour clientèle les particuliers qui eux ont diminué leurs dépenses. Les entreprises qui exportent sont et seront celles qui réussiront à s’en sortir par le haut.
A la différence du responsable de l’étude, je ne peux parler d’amélioration et pour plusieurs raisons :

1 – Des mauvais chiffres malgré tout

Le tableau donné dans l’article indique des chiffres pour 2014 particulièrement mauvais puisque sur les 7 années reportées, c’est le 3 ème plus mauvais chiffres après 2013 et 2009. Le second point est l’enseignement de l’amélioration précédente : malgré 3 années de diminution du nombre de défaillances, 2013 a été équivalente à 2009 ! Avant de parler de reprise, il faut rappeler que les entreprises et leurs activités sont liés à un contexte global qui n’est pas du tout favorable comme je le décris ci-dessous. Mon petit parcours en économie fait que je me sens à l’aise, et j’essaie de vous expliquer ce que je comprends de façon à ce que tout le monde puisse saisir les chiffres et douter des stats. Même si certains économistes ne seront pas d’accord avec ce que je dis : à ceux là je leur réponds que l’économie n’est pas une science mais du  » fluff  » qui se prétend d’étudier ou modéliser des comportements humains – bref de s’étudier soi même avec tous les biais que cela comporte.

2- Le chômage : la mascarade continue

Ces chiffres sont à mettre en perspective avec le chômage, le vrai chômage pas celui de Pôle Emploi qui radie 294000 chômeurs pour essayer d’améliorer des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : 3,4 millions de chômeurs inscrits chez Pôle Emploi, pour une estimation qui oscille entre 10 – 9,5 millions de chômeurs (inscrits, non inscrits, radiés) et personnes en activité réduite. 50% des inscrits ne perçoivent aucune indemnité chômage, 33 % de la population active (en âge de travailler) sans emploi ou sans emploi stable. Ces chiffres à Juin 2014 (ici et ) montrent bien que la reprise ne se traduit pas sur le terrain et qu’il convient de rester vigilant quant à son existence réelle – puisque la plupart du temps ce n’est que de la prospective économique (hypothèses sur un futur proche). La faiblesse de la demande interne risque de perdurer et les entreprises qui travaillent avec les particuliers risquent encore une fois d’en pâtir.

Les emplois aidés, l’embauche des ces chômeurs par des administrations ou organismes en lien avec l’Etat ne sont pas la solution au chômage. Au contraire, ces pratiques risquent de précipiter la France dans de grosses difficultés – enfin même si elle s’y dirige déjà.

3- Un déficit qui s’envole

J’entends souvent que le Japon a un déficit bien plus important que la France mais que la croissance est là et que donc on devrait y arriver. C’est vrai le Japon a un déficit plus important mais : il reste le créancier numéro 1 du monde, sa dette est détenue principalement par des nationaux, la relance s’est faite par la planche à billets (on a ajouté de l’argent à l’économie donc baisse des taux car l’argent est devenu moins cher). D’autre part il n’est actuellement pas membre d’une union monétaire ou d’un espace économique commun – même si le Japon est entrain de se rapprocher de certains pays, ce qui est logique.

La France est dans un espace économique commun régit par une réglementation qui permet de maintenir une certaine cohésion entre les territoires. Malheureusement elle ne respecte pas cette réglementation, sur plusieurs points dont le déficit par rapport au PIB. Avec 2000 milliards d’euros de déficit et soit près de 92 % de son PIB (rappels : environ 66 % à l’arrivée de M. Sarkozy, dernier budget en excédent : 1974), la France rejoint des pays comme l’Italie ou l’Espagne et ne peut plus être considérée comme un pays pilier économique de l’UE à mon sens. A cela il convient de rajouter une balance commerciale catastrophique, – 61, milliards en 2013 ou -71 milliards en 2011 quand bien même l’Allemagne affichait fin 203 un solde de +198 milliards (même si elle briderait sa consommation intérieure selon certains analystes) : nous achetons plus que nous vendons à l’étranger, avec une croissance interne négative ou nulle, forcément vous avez compris si vous êtes gérant ce que cela entraîne… Le faible nombre d’entreprises exportatrices, notamment chez les TPE et petites PME, fait que la France ne profite pas de la croissance mondiale (entre 2 et 4% prévue pour 2014). Le remboursement de la dette, la mauvaise gestion l’enseignement scolaire et les engagements financiers de l’Etat représentent les premiers postes du budget de l’Etat.

L’impact sur les ménages et les entreprises est évidemment réel et se matérialise par des hausses de la fiscalité, la disparition d’avantages fiscaux ou sociaux, …. Ce qui est frappant c’est l’absence de réelles économies de fonctionnement au niveau de l’Etat (cf. financements extrabudgétaires comme celui de 21,9 milliards d’euros en 2012 pour les investissements d’avenir ou les autres dépenses de fonctionnement dans le budget Recherche & Enseignement Supérieur pour 56,59 milliards d’euros en 2012). Le modèle sociale français peut être préservé mais il passe par plusieurs réformes et de véritables économies. Or les récents événements chez nos politiciens (tout parti confondu ndlr.) me laissent dubitatif sur leur volonté et surtout leurs motivations.

Dans ces conditions et avec des pays émergents qui ralentissent, je ne vois pas pour les 10 prochaines années comment la France fera pour renouer avec la croissance.